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Gérer le risque croissant d’accoutumance aux opioïdes – patients, employeurs et assureurs


Dans ce billet, stratège en matière de régimes privés de soins médicaux Suzanne Lepage réagit à un article paru récemment dans La Presse sous la plume de Katia Gagnon. Dans son article, Katia souligne à quel point il est devenu dangereusement facile de se procurer une grande quantité d’analgésiques, ou d’opioïdes. Devant l’intensification du phénomène d’abus de médicaments, Suzanne explique comment des solutions technologiques du domaine de la santé peuvent contribuer à assurer le suivi des ordonnances pour protéger les patients, les employeurs et les assureurs.

La crise de l’abus de médicaments d’ordonnance au Canada

Les analgésiques de la famille des opioïdes (morphine, codéine, oxycodone, hydromorphone, mépéridine) sont perçus comme sûrs simplement parce qu’ils sont prescrits par un médecin. Toutefois, même si ces médicaments ont des fins thérapeutiques, le potentiel de consommation abusive est élevé en raison de leurs propriétés psychoactives et du risque de dépendance psychologique et physique.

En fait, l’usage non médical d’opioïdes sous ordonnance est maintenant la quatrième forme d’abus de substances la plus répandue au Canada (après l’alcool, le tabac et le cannabis). L’augmentation enregistrée de 2000 à 2010 est de 203 pour cent, ce qui est plus élevé qu’aux É.-U. selon une étude de l’Organe international de contrôle des stupéfiants. Cette même étude estime le coût annuel de l’usage non médical des opioïdes sous ordonnance à plus de 50 milliards de dollars, dont 61 pour cent en pertes de productivité. Le coût humain, sans parler des conséquences pour les assureurs et les entreprises qui parrainent les régimes d’avantages sociaux, est élevé.

Savoir, c’est pouvoir

Le potentiel de consommation abusive d’opioïdes est indéniable, mais plusieurs protocoles peuvent être mis en place pour assurer une surveillance proactive des services d’ordonnance et éviter les abus par les patients. Santé Québec, par exemple, a un processus simple et direct qui permet aux pharmaciens de toute la province de consulter l’historique des ordonnances d’un patient en quelques clics. Cependant, malgré l’existence de ce processus, une journaliste de La Presse a récemment démontré que les fournisseurs de soins de santé n’y ont pas systématiquement recours.

Une approche novatrice adoptée par TELUS Santé consiste à gérer la consommation globale de narcotiques du point de vue de l’assureur ou du régime privé d’assurance-médicaments en mesurant la consommation du patient en fonction de l’équivalence en morphine (processus « EM »).

Outil innovateur de surveillance des médicaments d’ordonnance pouvant servir de point de départ en vue d’atténuer les risques d’accoutumance aux opioïdes, le processus EM convertit les doses de divers analgésiques narcotiques en équivalent morphine. Simon Lee, directeur au sein de l’équipe Services de pharmacie de TELUS, explique : « De la même façon que la plupart des devises étrangères sont comparées au dollar américain pour simplifier les échanges, le processus EM évalue la puissance des doses de narcotique par rapport à un équivalent morphine de 30 mg de façon à établir une comparaison précise ». Cette approche peut servir de « système d’alerte précoce » afin d’identifier les membres du régime qui sont sur une pente susceptible de conduire à l’accoutumance avant que les comportements à risque aient de graves effets sur leur santé et le milieu de travail.

Avec l’équivalence en morphine, TELUS Santé permet aux assureurs d’effectuer un suivi plus précis de la médication, peu importe le nombre de médecins qui la prescrivent ou le nombre de pharmacies que le membre du régime fréquente. Les régimes peuvent imposer des limites au point de vente en fonction d’une valeur EM, une mesure mieux adaptée à l’expérience clinique qu’une limite pécuniaire ou liée à la quantité.

Gérer la crise de l’abus de médicaments d’ordonnance au Canada au moyen de la technologie des soins de santé nécessitera la collaboration de tous les intervenants : patients, assureurs, promoteurs de régimes et fournisseurs de soins de santé. Selon les études, enrayer ce phénomène sera crucial pour la sécurité future de tous les Canadiens.