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Comment donner une impulsion à la prescription électronique au Canada


Les Canadiens et leurs régimes d’assurance-médicaments dépensent 34 milliards de dollars par année en médicaments [1]. Pourtant, le traitement des ordonnances se fait principalement par l’intermédiaire de bouts de papier transportés du médecin au pharmacien.

Outre qu’elles présentent des inconvénients, les ordonnances papier et leur marge d’erreur élevée sont responsables de pertes de vies et de pertes d’argent. En effet, une visite à l’urgence sur neuf découle de réactions indésirables aux médicaments ou de mauvaises combinaisons de médicaments [2].

Selon l’Association médicale canadienne (AMC) et l’Association des pharmaciens du Canada (APhC) [3], la prescription électronique permet de réduire les erreurs de médication. Le fait de générer, d’autoriser et d’envoyer aux pharmacies des ordonnances numériques :

  • est plus sécuritaire et donne de meilleurs résultats de santé pour les patients;
  • est plus efficace et moins risqué pour les médecins et les pharmaciens;
  • génère des millions de dollars en économies [4].

Nous mettons de l’avant ces arguments depuis des années. Malgré tout, mis à part quelques initiatives, nous sommes toujours loin du compte.

Pourquoi accusons-nous autant de retard?

Plusieurs pays comparables détiennent de l’avance sur nous. En 2013, 73 % des médecins aux États-Unis avaient recours à la prescription électronique, alors que ce pourcentage n’était que de 4 % en 2002. Aujourd’hui, 95 % des pharmacies aux États-Unis acceptent les ordonnances électroniques.

Pendant ce temps au Canada, notre stratégie a consisté à créer des systèmes d’information sur les médicaments (SIM) à l’échelle des provinces avant d’adopter la prescription électronique. Ces répertoires stockent les antécédents médicaux de tous les citoyens d’une province.

À ce jour, six provinces comptent un SIM, mais la prescription électronique est loin d’être généralisée.

Pourquoi? C’est l’œuf ou la poule, à deux niveaux plutôt qu’un. Premièrement, nous nous sommes entendus pour faire du SIM un prérequis à la prescription électronique. En revanche, la prescription électronique pourrait être « l’élément déclencheur » permettant de tirer des avantages sur les plans clinique et financier des investissements dans un SIM.

Deuxièmement, les médecins auront recours à la prescription électronique seulement si cela leur permet d’émettre davantage d’ordonnances. A contrario, les pharmacies n’emboîteront le pas que si la plupart des médecins utilisent la prescription électronique.

Revoir notre approche

Nous accusons du retard parce que notre approche est trop ambitieuse et que les relations de dépendance sont trop nombreuses.

Pour nous mettre sur la bonne voie, nous devons voir grand, mais commencer par des objectifs à petite échelle. Nous devons mettre de l’avant à la fois la prescription électronique et les systèmes d’information sur les médicaments. Nous devons mettre en œuvre davantage de projets pilotes de prescription électronique dans des groupes régionaux ciblés.

Si les 79 % des médecins canadiens qui utilisent les dossiers médicaux électroniques (DME) recourent à la prescription électronique ou s’équipent en ce sens, la demande et le facteur concurrentiel vont créer ce moment décisif entraînant l’adoption de la prescription électronique par davantage de pharmacies.

Les quartiers où des partenaires de confiance ont adopté en masse cette solution représentent autant de réseaux susceptibles d’avoir un effet d’entraînement. 

Le moment est venu

Au Canada, les conditions sont réunies pour la prescription électronique. Nous disposons de la technologie. Les professionnels de la santé comme les patients sont prêts à l’adopter. Qui plus est, la réglementation est en place pour préserver l’authenticité, la confidentialité et l’exactitude. Nous croyons qu’en ayant le courage de penser différemment et en adoptant une approche régionale, nous pouvons donner une impulsion à la prescription électronique.

 

[1] Pearl, Health Affairs, 2014
[2] Zed et al, CMAJ, 2008, et Tamblyn et al, CMAJ, 1996
[3] Tiré de la déclaration commune sur la prescription électronique publiée par l’Association médicale canadienne et l’Association des pharmaciens du Canada en 2012.
[4] Inforoute Santé du Canada, un organisme financé par le gouvernement dont la tâche est d’améliorer l’accès aux renseignements médicaux, estime que les avantages combinés de systèmes provinciaux d’information sur les médicaments contenant les antécédents médicaux de tous les citoyens et de la prescription électronique pourraient représenter des économies (pour le Canada?) de l’ordre de 436 millions de dollars (par année?).