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Méfiez-vous de vos aspirations – les conséquences non souhaitées du maintien par Ottawa de sa politique sur les services mobiles


Le ministre de l’Industrie, l’Honorable James Moore, a indiqué sur son site web que le gouvernement Harper va « maintenir le cap en assurant que les Canadiens profitent d’une industrie des télécommunications concurrentielle ». Ce message laisse supposer que le gouvernement a ignoré les préoccupations sérieuses que plusieurs voix ont soulevées. Le gouvernement semble plutôt enclin à poursuivre sa tentative malavisée de fausser les règles le plus possible pour inciter un géant étranger du domaine des télécommunications à pénétrer le marché canadien en dépit des conséquences néfastes pour le Canada.

Les rumeurs veulent que le fournisseur de choix de notre gouvernement soit Verizon. Deuxième entreprise de télécommunications en importance aux États-Unis, Verizon est valorisée à environ 140 milliards de dollars, soit près de deux fois les valeurs combinées de TELUS, BCE et Rogers, et compte un bassin de 99 millions d’abonnés, soit près de quatre fois plus que les trois concurrents nationaux réunis au Canada.

Le gouvernement soutient que ses politiques protègeront les consommateurs et se traduiront par des tarifs moins élevés pour les familles canadiennes. Toutefois, Dvai Ghose, directeur de recherche à Canaccord Genuity, croit que le gouvernement adopte une approche populiste à l’égard du dossier des services mobiles et que ses politiques pourraient se retourner contre lui si Verizon, une fois entrée sur le marché, décidait de concentrer son attention uniquement sur les centres urbains déjà concurrentiels, comme l’entreprise l’a indiqué.

Si MM. Harper et Moore ont l’intention de dérouler le tapis rouge pour souhaiter la bienvenue à Verizon au Canada, ils devraient se méfier de leurs aspirations : des conséquences désastreuses, quoique prévisibles, qui ne sont pas dans l’intérêt des Canadiens pourraient en résulter.

Première conséquence : Une augmentation, au lieu d’une baisse, des tarifs des services mobiles

Comme le rapportait le Globe and Mail, Verizon, en arrivant sur le marché canadien, pourrait se présenter en sauveur, comme le souhaite le gouvernement, ou comme cheval de Troie, une éventualité que le gouvernement et les critiques de l’industrie ignorent délibérément.

Verizon n’est pas une marque au rabais. En fait, ses clients aux États-Unis paient des tarifs plus élevés que ceux de TELUS.

Pour les clients qui désirent un téléphone intelligent haut de gamme, comme un iPhone 5 ou un Samsung Galaxy S4, la mensualité minimale exigée par Verizon est de 80 $ US, alors que TELUS en exige une de 70 $ CA pour un forfait comparable. Pour obtenir un forfait comprenant les appels illimités nationaux et les textos plus 1 Go de données, l’option la plus populaire parmi nos clients, les clients de Verizon doivent débourser 90 $, alors que les clients de TELUS doivent débourser 85 $. Même avant d’ajuster les prix en fonction du taux de change, les clients de TELUS paient des tarifs inférieurs à ceux de Verizon.

Ceux qui ont été amenés à croire indûment que les Canadiens paient les tarifs les plus élevés dans le monde pour des services mobiles et qui désirent vérifier les faits par eux-mêmes, nous les invitons à se rendre en ligne et à jeter un coup d’œil sur les forfaits Share Everything de Verizon et à les comparer avec nos nouveaux forfaits Partagez Plus.

À tous les clients, et à tous les politiciens, qui croient que Verizon traversera la frontière et viendra sabrer les prix, nous leur disons : détrompez-vous. Verizon n’est pas en affaires pour perdre de l’argent. La CBC rapportait cette semaine qu’il est peu probable que Verizon réduise les prix, faisant observer que le « géant américain est un fournisseur de prestige, et non un concurrent à bas coût ».

Si Verizon entre sur le marché canadien, elle devra continuer à respecter les attentes des analystes, à satisfaire ses investisseurs et à protéger sa marque. Ses actions seront motivées par sa rentabilité, la croissance de ses revenus et le rendement du capital investi. Son objectif ne sera pas de devenir la marque au rabais du Canada.

Deuxième conséquence : Les fournisseurs régionaux du Canada ne seront plus concurrentiels

Un fait souvent négligé dans les débats sur l’industrie des services mobiles au Canada, c’est que dans la moitié des provinces canadiennes se trouve un quatrième fournisseur déjà bien implanté. Il ne s’agit pas d’entreprises en démarrage. Au contraire, SaskTel, MTS, Vidéotron et Eastlink sont des fournisseurs régionaux bien établis qui offrent des réseaux LTE de pointe, qui peuvent rivaliser avec la concurrence grâce à des services mobiles et filaires groupés, et qui jouissent d’une excellente réputation sur le plan du service à la clientèle.

Si le gouvernement n’apporte aucun changement aux règles actuelles régissant les enchères du spectre de 700 MHz, ces plus petites entreprises canadiennes pourraient se voir exclues des services mobiles de prochaine génération. Verizon, qui, il faut bien le souligner, a indiqué publiquement s’opposer à ce que les soumissionnaires bien financés profitent de règles spéciales dans son propre marché, serait considérée comme un « nouveau joueur » et pourrait par conséquent soumissionner contre les trois fournisseurs nationaux titulaires au Canada pour trois blocs de spectre, et contre de réels nouveaux joueurs et des fournisseurs régionaux pour le bloc restant. Les enchères deviendraient le théâtre d’une lutte où l’enjeu reviendra au plus fort, Verizon ayant les moyens de se livrer à une surenchère contre tous les nouveaux joueurs et les fournisseurs régionaux pour tout le spectre de 700 MHz tant convoité qu’elle peut obtenir, en plus d’éventuellement laisser en plan un des fournisseurs nationaux. Comme rapporté le National Post : « Si Verizon participe aux enchères du spectre pour la fréquence de 700 mégahertz, en tant que nouveau joueur, elle pourrait enchérir sur deux des quatre blocs d’ondes radio, alors que les entreprises titulaires seraient limitées à un seul. Au Québec ou dans les autres provinces où un quatrième joueur est déjà présent, ce joueur régional pourrait être écarté complètement ».

Les conséquences pour une entreprise canadienne de ne pas pouvoir bénéficier de ce nouveau spectre sont un réseau congestionné, une augmentation du nombre d’appels rompus et le ralentissement des vitesses de transmission de données mobile. En outre, le spectre de 700 MHz permet aux fournisseurs d’offrir des vitesses de services mobiles de prochaine génération. Les fournisseurs régionaux, tels que Vidéotron et Eastlink, qui seront dans l’impossibilité d’acquérir ce spectre seront un jour incapables d’offrir un niveau de service concurrentiel, mettant leur avenir, en plus de celui de leurs employés et de leurs investisseurs, en péril. C’est à se demander pourquoi notre gouvernement sacrifierait l’avenir de ces entreprises canadiennes en aidant une entreprise américaine qui n’a manifestement pas besoin d’aide.

En aucun cas notre intention est d’écarter Verizon des enchères. Nous demandons seulement qu’elle soit assujettie aux mêmes règles.

Troisième conséquence : Les communautés rurales du Canada souffrent des investissements détournés

Fran Shammo, chef des services financiers de Verizon, a indiqué que Verizon se limiterait probablement aux grandes villes du sud de l’Ontario et du Québec. Et si Verizon se tourne vers d’autres provinces canadiennes pour maximiser son rendement du capital investi, il y a de fortes de chances qu’elle concentre son attention sur les centres urbains. Pour demeurer concurrentiels, TELUS et les autres fournisseurs seraient forcés d‘axer leurs efforts (y compris les investissements réseau et le marketing) vers les régions les plus densément peuplées du Canada, au détriment des régions rurales, où TELUS est fière d’offrir des services mobiles de calibre mondial.

De plus, si Verizon peut participer aux enchères pour deux blocs de spectre de 700 MHz, une enchère intense ferait grimper les prix à des sommets faramineux, aucun titulaire n’étant prêt à laisser lui échapper un actif si précieux pour continuer à répondre aux besoins sans cesse croissants de ces clients. Cette situation siphonnera inutilement de l’argent de l’industrie, lequel argent pourrait plutôt être investi dans la technologie et les infrastructures, particulièrement à l’extérieur des grandes villes.

Augmenter la concurrence dans les centres urbains et payer plus qu’il n’en faut pour du spectre aurait finalement comme conséquence de priver les communautés rurales du Canada d’investissements leur étant destinés et qui leur fourniraient des avantages de première importance en matière d’économie, de soins de santé, de sécurité et d’éducation.

Quatrième conséquence : risques quant à la protection de la vie privée des Canadiens

Le nom « Share Everything » (partagez tout), une gamme de forfaits de Verizon, a pris une tout autre signification à la lumière d’informations selon lesquelles l’entreprise a fourni au gouvernement américain des renseignements sur des appels effectués par des millions de ses clients, un scandale que le New Yorker juge comme « une violation ignoble de la vie privée et des droits des citoyens américains ». En tant qu’entreprise américaine, Verizon doit se conformer à la Foreign Intelligence Surveillance Act (loi sur la surveillance des renseignements de l’étranger) et à la Patriot Act. Par conséquent, si Verizon pénètre le marché canadien, le gouvernement devra la surveiller de près pour protéger la vie privée des Canadiens.

TELUS, quant à elle, est reconnue pour les mesures qu’elle prend afin de protéger la vie privée de ses clients. En effet, elle s’est présentée devant le tribunal pour défendre les intérêts de ses clients à maintes reprises. En mars 2013, la Cour suprême du Canada a tranché en faveur de TELUS en déclarant que les règles canadiennes de protection de la vie privée applicables aux conversations vocales doivent également s’appliquer aux communications numériques durant les enquêtes policières.

Un traitement équitable est dans l’intérêt des Canadiens

TELUS demeure ouverte à la saine concurrence, mais la politique actuelle du gouvernement fédéral offre des avantages indus à une entreprise étrangère très puissante. Tout ce que nous demandons à notre gouvernement, c’est d’obtenir un traitement équitable, c’est-à-dire :

  • une égalité quant aux possibilités d’achat de spectre, plutôt que de permettre à des entreprises étrangères bien plus imposantes d’acheter le double de spectre de premier ordre que TELUS a le droit de se procurer;
  • une occasion égale d’acquérir de façon concurrentielle des entreprises canadiennes, comme Mobilicity, chose que TELUS n’est pas autorisée à faire actuellement;
  • l’établissement par le gouvernement de règles équitables qui obligent les entreprises étrangères à déployer leur propre infrastructure de réseau plutôt que de profiter des investissements déjà faits par TELUS. Il est clair que les entreprises étrangères comme Verizon possèdent d’importantes ressources et ont la capacité financière de bâtir leurs propres réseaux, tout comme TELUS l’a fait. Cette approche hausserait la valeur des investissements dans l’économie canadienne et créerait des emplois à l’échelle du pays.

Le gouvernement aimerait nous faire croire que d’offrir des avantages particuliers à des fournisseurs de services aux poches bien remplies permettra aux Canadiens d’obtenir des services à moindre coût. C’est surtout une promesse attrayante dans le cadre d’une stratégie électorale à court terme, mais c’est une mauvaise stratégie à long terme pour la santé de l’industrie canadienne des services mobiles. Rien ne garantit que les politiques du gouvernement occasionneront une réduction des tarifs que paient les Canadiens. Quoi qu’il en soit, le gouvernement semble prêt à en faire le serment, même si cela risque de nuire aux emplois et aux investissements au Canada, aux fournisseurs régionaux et aux communautés rurales et menace le droit à la vie privée des Canadiens. Ce sont des enjeux réels et importants pour tous les Canadiens.

Faire pencher la balance en faveur de Verizon pourrait causer des torts irréparables à l’industrie canadienne des services mobiles. Une élection n’y changerait rien. La position du gouvernement canadien à cet égard est une mauvaise décision pour le Canada.